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ORPHELINE DE SENGHOR : Pourquoi Yandé Codou Sène est si amère « Si tu redis un mot, je te casse la g...

vendredi 29 août 2008, par Mamadou Diagne

La reine du chant polyphonique, Yandé Codou Sène, demeure une énigme du fait de son caractère amer mal­gré son don de faire rêver tout mélomane par son cha­touillant timbre. Dans un film documentaire de 52 mn, la jeune réalisatrice Angèle Diabang Brener perce le mystère de la diva Sérère qui brise enfin le silence.

Tous les mélomanes savent que la reine du chant polyphonique, Yandé Codou Sène est d’un caractère amer, pour ne pas dire aigri. Malgré son don de faire rêver par sa belle voix. La vieille griotte de feu le président Léopold. Sédar Senghor a un carac­tère lunatique qui n’a rien à voir avec la nervosité de la vieillesse. Ses férus qui la suivent sont habitués à ses sau­tes d’humeurs sur scène. Toutefois, pour la première fois, la cantatrice a brisé le silence sur les raisons qui l’ont poussée à être dégoûtée par la vie. Dans « Yandé Codou, la griotte de Senghor », la jeune cinéaste, Angèle Diabang Brener raconte, pendant 52 mn, l’intimité d’une gloire en déclin qui doute de son héritage.

Après Sénégalaise et Islam conçu en 2007, la réalisatrice a jeté son dévolu sur celle qui avait le mono­pole de rompre le discours du puis­sant Léo Koor Dior et d’entonner des chants. Quinze jours passés avec Yandé Codou dans sa demeure à Gandiaye (Kaolack) ont permis aux cinéphiles de savoir comment cette dame qui devait prendre sa retraite musicale vit toujours de son art. Pis, elle est comme un fonds de com­merce pour une famille nombreuse et démunie. Interrogé, son fils Adama Mbaye implore : « je prie Dieu de la laisser en vie cent ans encore. » Sa maman visiblement attristée confie : « Après mes prestations, je répartis l’ar­gent qu’on me donne. Chacun prend sa part. Ma fille a un mari ivrogne qui n’est bon à rien et qui passe tout son temps à se soûler. Ce qui fait que je suis obligée de l’aider avec ses enfants. » Une déclaration qui en dit long sur les charges de cette vieille qui, pourtant, se démène pour soute­nir une grande famille dont les mem­bres n’ont pas de revenus. Dans le documentaire, la narratrice nous fait découvrir l’intimité de ce foyer avec de nombreux potaches. Les journées de Yandé Codou qui se résument à faire le tour des cérémonies pour chanter et amasser de quoi faire bouillir la grande marmite.

Après sa déchéance, la réalisa­trice plonge son sujet dans une nos­talgie totale. En racontant ses moments d’honneurs, Yandé Codou se laisse aller. « Ma relation avec Senghor fut unique. On a ensemble fait presque le tour du monde. Il avait même mis une jeep à ma disposition. Mon noble me disait Yandé, traversons le pont. Léo était petit par la taille, mais grand d’esprit. Et on en n’aura pas deux au Sénégal, conte, d’une salve nostalgique, la diva aux lunettes noires, en face du pont de Joal, ville qui a vu naître Léo. Mieux, la canta­trice Sérère ajoute : « les rois Fodé et Mahécor se disputaient mon invita­tion pour me gaver. Ils me donnaient à manger et à boire. »

Après le documentaire de Laurence Gavron qui a mis en exer­gue la chanteuse dans tous ses aspects, Angèle Brener perce le mys­tère d’une diva qui, à 80 ans, fait plai­sir malgré ses angoisses. Le film sera projeté mercredi à partir de 18h au théâtre Sorano en présence de Yandé Codou Sène.

AU CHERCHEUR RAPHAEL NDIAYE

« Si tu redis un mot, je te casse la g... »

S’il y a une personne qui a attiré l’attention des cinéphiles qui ont suivi le documentaire sur la diva Sérère ; c’est bien le chercheur et chanteur, Raphaël Ndiaye. Figurez-vous que ce dernier a été sévère­ment engueulé par Yandé Codou. Son tort, c’est de lui avoir demandé d’interpréter avec lui un morceau. Dès qu’il a fini, la vieille ordonne d’un ton sec à ses choristes d’accompagner Raphaël. Et quand ce dernier a redemandé à ce qu’elle chante avec lui, celle-ci pètera les plombs avant d’enchaîner : « ne touche pas à mon répertoire. Laisse le tranquille. Tu n’es pas capable de m’imiter, même les grandes cantatri­ces en étaient incapables... Parle-moi Sérère et cesse ton Français. Je n’y comprends rien. On a voulu me l’apprendre, j’ai refusé. » Et c’était la panique au sein de l’équipe avec ses enfants qui tentaient de la cal­mer. « Si tu redis un mot, je te casse la g... », lance-t-elle à la médiatrice. À en croire la réalisatrice, elle aussi en a eu pour son grade. « Lors de notre première rencontre en 2004, elle me répétait la même chose au téléphone : « Tu n’étais pas né quand j’ai commencé à chanter. » Elle m’a tellement repoussée que je me suis demandé pourquoi faire un film sur une personne qui ne me considère même pas », explique la cinéaste. Mais Angèle Brener se réjouit d’avoir finalement gagné la sympathie de la grande cantatrice. Puisqu’elle lui aurait confié : « les autres réa­lisateurs viennent prendre et ne reviennent jamais. Vous êtes recon­naissante. Donc, quand je ne serais pas de ce monde, je te confie ma famille. »

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